Monokini 2.0: « montrez ce sein que je ne saurai voir »/ Free the no-nipples!

Sur la plupart des plages d’Europe, montrer ses seins n’a plus rien de révolutionnaire. Montrer son absence de sein(s) pourrait, en revanche, devenir un nouveau geste revendicatif fort.

C’est ce que permettront les maillots de bain (pas encore commercialisés) de Monokini 2.0. Pensés par Elina Halttunen (« the woman with one tit »/ »la femme à un nichon ») et crées par les désigners Katriina Haikala and Vilma Metteri pour les femmes ayant subi une mastectomie, ces maillots de bain innovatifs ne recouvrent qu’un seul sein, laissant à l’air libre la cicatrice de l’autre. Au revoir les prothèses! Si ces « monokinis 2.0 » risquent de déranger autant que leurs ancêtres dans les années 70, c’est bien parce qu’ils défient radicalement les normes de beauté féminines.

Libérer les femmes du diktat du corps parfait et rappeler que la féminité se décline au pluriel? Et si sur ce point là aussi, la femme malade pouvait servir de modèle?

In the 70’s French woman scandalized public opinion by showing their breasts on the beaches of St Tropez. But today it might be a far more rebellious act to show your lack of breasts.
Monokini 2.0. project is not only about designing swimming suits for “mastectomized” women. It’s also about defying the female beauty standards and fighting for the right to be a one-breasted beauty. (unfortunately there are no swimming suits for non-breasted beauties yet).
Watch Elina Halttunen (« the woman with one tit ») who invented those suits and Katriina Haikala and Vilma Metteri who designed them, explain more about their project:

Defying female beauty standards, refusing the dictatorship of the perfect body – Call me naive, but I do believe that these are some of the issues where women suffering cancer can be role models.

bienvenue dans les cellules créatives

2014/2015 : entrée fracassante du cancer dans ma vie. Avalanche de cellules malignes emportant, en un peu plus d’un an, ma mère, mon neveu et mon sein. Enterrant vivants ceux qui sont restés. Famille, amis et cellules saines étouffés par la présence du cancer devenue palpable*.

Quand les cellules cancéreuses ne se multiplient pas dans mon/ton/son corps, elles colonisent l’esprit en appelant leurs spectres en renfort. Echappé aux simples statistiques pour se nicher au cœur de ma vie quotidienne, le cancer m’a fait prendre conscience que « ça n’arrive pas qu’aux autres ». Prise de conscience dégrisante qui ouvre une brèche à la possibilité d’autres malheurs. Prise de conscience menaçante qui transforme chaque bobo en possible métastase, chaque égarement en un hypothétique glioblastome, chaque coup de téléphone en une potentielle annonce funeste. Prise de conscience paralysante qui pétrifie à coup de « what for ? ».

Mais également prise de conscience que ça arrive aussi aux autres. D’autres, qui comme moi, veulent sortir de cette paralysie, se dégager de cette avalanche de cellules hostiles, ou à défaut, veulent apprendre à vivre dessous.
Créer contre/ à partir du/ autour du cancer est alors une stratégie possible : textes, photos, chorégraphies, vidéos, musique, mais aussi création de nouvelles manières de vivre avec ou malgré la maladie deviennent des façons de creuser, sous cette avalanche, des tunnels et des bouches d’air et de la miner de preuves que la vie continue.

Ce blog rassemble quelques-unes de ces expressions créatives (au sens large). J’y expose mes idées, je recense celles des autres et je me réjouirais de pouvoir présenter les vôtres. (à envoyer à lescellulescreatives@gmail.com avec nom ou pseudo et éventuellement une courte explication)

Afin que les cellules créatives se multiplient plus vite que les cellules cancéreuses!

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*petit nodule sous les doigts de mon homme, orange mortelle dans l’esprit de ma mère.

Flower Power

Who said you couldn’t bring flowers to hospitals ? This beautiful synthetic flower I got from my wonderful man on our fourth anniversary (one day after mastectomy) is absolutely germ-free ! I bring it everytime I have to stay in the hospital. It makes me feel less lonely AND it helps me finding my room when I’m coming back from the shower (Yep, there are no showers in the Parisian hospital rooms…)

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flower power

 

C‘est en soin intensif que j’ai appris que les fleurs étaient porteuses de germes. Cadeaux empoisonnés, bannis de beaucoup de chambres d’hôpitaux. Ce qui n’a pas empêché mon amour de m’offrir une fleur pour notre quatrième anniversaire, un jour après ma mastectomie.
La grande fleur synthétique (achetée à Maison du monde, je crois) ne fane jamais, ne peut même pas être tuée par une piètre jardinière comme moi et elle est garantie sans germes !
Depuis, elle m’accompagne à chaque hospitalisation. Non seulement elle me fait me sentir moins seule, mais en plus ça me permet de ne pas me tromper de chambre en revenant de la douche.

Cancertivity

Il aura fallu un peu plus d’un an au cancer pour me prendre ma mère, mon neveu et mon sein. Tentant inlassablement de me prendre ma foi en la vie. Pendant que la maladie me transforme peu en peu en en dossier médical, la danse et le chant me rappellent que je suis humaine. Et vivante.

Nous sommes nombreux (patients et proches) à nous servir de notre créativité pour empêcher que le cancer ne nous prenne notre âme et notre humanité.

Parce que créer c’est vivre, parce que créer c’est partager, parce que créer c’est inspirer, partageons nos créations et nos idées pour inspirer d’autres gens, qui à leur tour en inspireront d’autres. Formons des cellules créatives. Connectons-les. Pour que les cellules malignes n’aient pas le dernier mot.

« Ceci est mon corps… »

Comment apprivoiser un corps détraqué, un corps qui buggue, un corps qui change ? Comment me réapproprier un corps que je partage avec la médecine ? Comment ne pas me perdre quand je ne me (re)trouve pas dans le miroir ? Comment habiter un corps qui n’est plus un chez-moi ? Comment aimer un corps qui a trahi ?

Cette rubrique rassemble des interrogations, mais aussi des astuces et des expériences autour de cette enveloppe bizarre, qu’est le corps malade.

Résilience créative: inventer une vie après l’absence

Créer un « après-maman ». Rebâtir un quotidien dans lequel elle n’est plus. Inventer des façons de la garder vivante, sans en faire un fantôme. Donner un sens à l’insensé. Ou accepter qu’il n’y en ait pas. Remplir l’insoutenable vide. Saisir l’incompréhensible absence et respirer quand même.
Continuer à vivre quand l’autre est mort requiert une perpétuelle créativité…

Solid-ART-ité: l’art de soutenir des proches malades

« Je ne sais pas quoi lui dire ? » « J’aimerais tellement l’aider, mais je ne sais pas comment. » « Tout ce que je ferai ou dirai sera futile dans sa situation » Voilà ce que je pensais il y a quelques années quand une amie éloignée est tombée malade. Heureusement, mes amis sont plus créatifs que moi, et visiblement ils ne sont pas les seuls.
Parce que soutenir des personnes malades est tout un art (de vivre) et que ça requiert parfois pas mal d’imagination; amis-sur-lesquels-on-peut-compter partagez vos idées !