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Rebuilding yourself through art // SKIN, l’association qui encourage les (ex)malades à chanter leur « cancer blues » et à sculpter leur nouveau « moi ».

On m’avait avertie que l’après-cancer serait difficile. On m’avait parlé du « cancer blues », de la difficulté des personnes en rémission à reprendre la cadence d’une vie qui n’est plus rythmée par les rendez-vous médicaux. On m’avait parlé de la solitude des ex-patients face à leurs peurs de rechute… Mais on ne m’avait pas dit, qu’il y a des jours où on est tellement perdue qu’on regrette le temps des traitements, non pas parce que c’était tellement gai d’avoir des nausées, mais parce que pendant les traitements, on savait ce qu’on voulait (guérir) et qui on était (une malade/fighteuse). On ne m’avait pas dit, qu’il y a des nuits où on se sent tellement lasse de la vie qu’on craint le matin à venir et qu’à ce mal-être s’ajoute immédiatement la culpabilité de se plaindre alors qu’on est vivante. On ne m’avait pas dit, qu’il y a des moments où on attend impatiemment les rendez-vous de contrôle avec l’oncologue, non pas pour qu’elle nous rassure, mais pour qu’elle nous prescrive des antidépresseurs. Et on ne m’avait surtout pas dit, que tout ça c’était normal.

Jusqu’au jour où j’ai rencontré Cécile Reboul, la fondatrice de SKIN, une association qui met en relation des personnes touchées par le cancer et des artistes. Ancienne malade d’un cancer du sein, elle m’a affirmé que « c’est au moment où ton entourage est persuadé que tout est derrière toi, … qu’en réalité, tout commence ». Tout, c’est-à-dire la prise de conscience de ce qu’on a traversé et de ce qu’on a perdu dans la bataille. Tout, c’est également l’apprentissage de la vie après le cancer et la reconstruction d’un nouveau moi, puisqu’« on n’est plus la personne qu’on était avant le cancer et qu’on n’est pas encore celle qu’on sera après ». Une reconstruction forcément difficile, parce qu’après avoir été constamment accompagnée et entourée pendant la maladie, on se retrouve soudain seule face à soi-même. Cécile a connu cette étape de mue, donc de fragilité. C’est finalement grâce à un projet de photographie réalisé avec une photographe professionnelle qu’elle s’est relevée. « Cette mise à distance de l’image, ce lien à l’artiste, m’a permis de me ré-inventer» se rappelle-t-elle. A travers cette expérience, elle a découvert le rôle qu’un artiste pouvait jouer dans le processus de reconstruction des malades : « L’artiste est celui qui donne au malade le droit d’avoir mal et cela est essentiel pour sa guérison. (…) L’artiste est celui qui est là (pour la personne malade ou en rémission), qui lui donne du temps, qui lui donne de l’écoute et qui la reconnecte à la vie, qui la reconnecte à elle-même. »

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Karine Zibaut pour Patricia (vidéo)

Forte de son expérience, elle crée, en 2012, SKIN, une association qui relie d’(anciens) malades de cancer à des artistes. Ceux-ci se constituent en binômes et créent, ensemble, une œuvre artistique ou une performance. Ces créations/performances peuvent tourner autour du cancer ou autour de sujets complètement autres ; les binômes créent en toute liberté et selon les modalités qui leur conviennent. Les patients sont libres d’élaborer les projets avec leur binôme-artiste, d’en être seulement les muses ou de mettre la main à la pâte ; l’essentiel est la rencontre et la possibilité pour l’(ex) malade de lâcher prise et d’être créatif. C’est ainsi que, depuis cinq ans, grâce à SKIN, des (ex)malades sont monté(e)s sur scène avec des danseurs, ont chanté avec des cantatrices d’opéra, ont réalisé des cahiers de dessins avec des dessinateurs, ont créé des parfums avec un « nez » professionnel, ont fait des projets de photos, de sculpture, de street art, d‘écriture, de création de bijoux, de design, de stylisme et même de crochet… Ces projets sont montrés dans des théâtres, des lieux prestigieux, ou exposés dans des galeries, avant d’être pris en photo et diffusés dans les hôpitaux. « C’est un temps de consolation, de co-création et de reconstruction de soi. La patiente devient actrice de sa reconstruction à travers des expériences de dépassement de soi. » constate Cécile.

Cette année, SKIN a créé des binômes entre six femmes touchées par le cancer et des humoristes. Ces femmes ont non seulement écrit les saynètes, elles vont également monter sur les planches pour les jouer aux côtés de comiques confirmés le 9 octobre, lors de la soirée « Elles se lâchent » au théâtre des Feux de la Rampe. Pour se dépasser, pour se reconnecter à la vie, pour montrer qu’après le cancer on peut vivre et rigoler et surtout pour nous faire rire, – le tout au profit de l’association SKIN. Du coup en attendant ma prescription d’antidépresseurs, j’y cours, j’y vole ! Le cancer blues n’a qu’à bien se tenir !

Pour les patients, les artistes et potentiels donateurs intéressés par SKIN, faites signe à Cécile ! associationskin.org/contact//a>

 

I knew time after cancer would be hard. I knew about the « cancer blues ». I knew about the feeling of being lost in that after-cancer-life that isn’t organized around the rhythm of medical appointments anymore. I knew about the loneliness, the sword of Damocles and the fear of it. But I didn’t know, it was that hard. I didn’t know that there would be days, where I’d be so lost that I would miss treatment, not because it was so fun to feel like you’d throw up all day long, but because during treatment I knew what I wanted (to beat cancer)- and who I was (a patient and a fighting girl). I didn’t know there were moments I’d feel tired of life and in the same time feel utterly guilty for complaining. I didn’t know that I’d wait impatiently for the appointment with my oncologist, not only because I want her to reassure me, but because I want her to prescribe me antidepressant drugs. And I certainly didn’t know that these feelings were normal.

But then I met Cécile Reboul, a breast cancer survivor and founder of SKIN, an organization, that brings together (ex)patients and artists. She told me that “it’s actually when you have finished treatment, when everyone thinks your life is back to normal, that everything starts”. It’s the moment when you suddenly realise what you have been through, and what you lost on the battlefield, it’s the moment when you have to reinvent a life after cancer and build a new “me”, because “you are nor the person you were before cancer, nor the one you’re going to be after cancer neither”. That period of self-reconstruction is hard, because unlike during treatment, when medical staff is constantly around and you have a bunch of friends supporting you, you are basically alone with yourself. (Even if your friends try to help, they can’t rebuild your life for you.)
Cécile experienced that difficult period, but she was able to get over it, thanks to a project she realised with a photographer. That project didn’t only help her to re-invent herself, it also made her realise which role artists could play in the reconstruction of cancer survivors: “It’s the artist that gives the (ex) patient the right to feel pain and that’s extremely important for his healing process. (…) The artist offers the person his time, he listens to her, he helps her reconnect with life and with herself.”

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Nicolas Aubry pour Isabelle

Empowered by her experience of reconstruction through art, she founded SKIN in 2012. The organization brings together artists and people affected by cancer, it makes them form artistic couples and create a piece of art or a performance together. The (ex)patient can elaborate and co-create the project with the artist or be his muse; what matters is the human encounter and the possibility for the patient to let go and be creative. Thanks to SKIN, people affected by cancer all over France, Belgium and Québec have been dancing with professional dancers, singing with opera singers, created perfumes with a perfumer. They have done projects around photography, street art, sculpture, jewelry, stylism, design, writing and even crocheting. “Through the experience of pushing back their own limits, they take an active part in their reconstruction” Cécile Reboul says.

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This year, SKIN brought together six women affected by cancer and stand-up comedians. The women wrote their own comedy acts and they are performing them with prestigious comedians in Paris during a « comedy show » on October 9th. To push back their own limits, to prove there’s life and laughter after cancer and to share it with the audience. So, while I’m waiting for my antidepressant drugs, I’m going to see that show and laugh the cancer blues out of my mind!

For the patients and artists interested by SKIN, get in touch with Cécile! associationskin.org/contact//a>

Un quatrième prix pour « Iridescence »!/4th film prize for « Iridescence »

One year after we shot « Iridescence », the dance clip about cancer and creativity has won four prizes (best dance video  and best music video) and been selected in quite a few festivals. PAMA (Paris Arts and Movie Awards was the first, where I actually could go to the awards ceremony, so I’d like to share this moment with you:)
Q&A at the Paris Arts and Movie Festival (the video is in French but the text is in English). Thank you, Pama Team!

Un an après le tournage du clip de danse « Iridescence » dans lequel je célébrais le pouvoir de la créativité pour faire face au cancer, la vidéo a gagné quatre prix (« best dance video » et « best music video ») et a été sélectionnée à plusieurs festivals.

PAMA (Paris Arts and Movie Awards) était le premier où j’ai pu me rendre à la remise les prix, du coup je ne résiste pas à la tentation de partager ce moment (en l’occurrence les questions-réponses à la fin de la projection) avec vous! Merci à toute l’équipe de PAMA!

Vu que le stress m’a fait perdre les mots (et qu’en plus mon élocution laisse à désirer) je publie également la note d’intention du film. (ce sera plus clair…;)

« Un mois avant mon trentième anniversaire, j’’ai appris que j’avais un cancer du sein. Vingt-cinq ans de danse, dont plusieurs de formation professionnelle, avaient fait de mon corps un instrument de travail et un moyen d’expression privilégié – d’un jour à l’autre, le cancer l’a changé en une enveloppe étrange et hostile. Chaque intervention (tumorectomie, mastectomie, conservation ovarienne, chimio, radio etc.) le transformait en un objet médical. Au fur et à mesure que les traitements avançaient, il devenait de plus en plus un terrain de bataille où s’affrontaient le cancer et les médecins, et où je n’avais plus ma place.

Iridescence est un solo chorégraphique inspiré de cette époque de ma vie. Le solo est dansé sur un morceau spécialement composé pour l’occasion par Christopher Biribauer. La pièce explore le pouvoir de l’art comme échappatoire à la maladie. Elle pose la danse comme une façon de se réapproprier un corps malade, d’habiter un corps en souffrance et d’accepter un corps estropié. Il s’agit de montrer qu’un corps malade, amputé et ne correspondant plus à la norme peut être générateur de beauté. Dans cet esprit, il est pour moi important de montrer les marques de la maladie – mastectomie, cicatrices. Le solo célèbre le mouvement dansé comme un hommage à la vie, mais aussi comme un instrument qui sublime le corps malade à travers la production du beau.

« Iridescence » est pensé comme une suite de et une réponse à « hospital improvisation», tournée en janvier 2016 à l’hôpital. Cette dernière vidéo était née d’un moment d’abattement et de colère, alors que Iridescence est une pièce positive, traversée par la force que j’ai puisée dans la danse, le chant et l’écriture ces derniers mois. Elle est nourrie par la gratitude envers les personnes qui m’ont entourée pendant mon cancer. Elle est dédiée au personnel soignant, à mon entourage, ainsi qu’à mes professeurs de danse et de chant. Elle s’adresse aussi bien aux malades qu’à toute personne pensant que l’art permet de  transcender le désespoir et célébrer la vie avec toutes ses facettes. »

La chimio est finie, sortez vos perruques! // Sarah’s big wig party

J’ai rencontré Sarah dans le métro. Elle avait un violon et pas de cils. « Chouette! » je me suis dit « une musicienne qui a un cancer. Je vais pouvoir l’interviewer pour mon blog. » (Les blogueuses n’ont pas de coeur). J’espérais qu’elle ait composé un concerto pour alto et machine à administrer la chimio ou bien une symphonie pour violonistes ayant des fourmillements dans les doigts. Malheureusement pour moi, elle n’avait rien fait de la sorte (mais vu qu’elle a joué pleins de concerts avec le Quatuor Voce , on lui pardonne). Mais quelques semaines plus tard, elle m’a donné une idée d’article de blog en m’invitant à sa fête de fin de chimiothérapie placée sous l’égide de… la perruque.

Je pensais que c’était peut-être une façon pour elle de faire ses adieux à sa perruque et à tout ce qu’elle représente (le cancer, les nausées, les regards de pitié des autres etc.), mais pas du tout; Sarah a choisi ce sujet « en pensant à (s)es potes qui se tapaient des barres de rire en essayant (s)a prothèse capillaire pendant sa chimio.» Pour aider ses amis à surmonter le fait que dorénavant ils devraient se contenter de caresser sa repousse, elle leur a ordonné de venir à sa fête coiffés de postiches et de perruques. (Rien de mieux pour booster votre empathie qu’un petit cancer.)

Je me suis donc rendue à sa fête avec une magnifique perruque Marie-Antoinette, accompagnée de mon copain, qui portait un postiche fait de mes tresses coupées avant la chimio. Je ne vous ferai pas le rapport de la fête (what happens at Sarah’s place, stays at Sarah’s place) mais je peux vous expliquer pourquoi, à mon avis, « la perruque » est un thème parfait pour une fête de fin de chimio.IMG_0366

  1. Vu que tout le monde porte une perruque, les gens qui sont en cours de traitement anti-cancer passent inaperçus. (Libérée, délivrée des regards de pitié-é-é)
  2. Les perruques créent des liens. (J’ai parlé à un parfait inconnu juste parce qu’il portait une perruque Mozart assortie à la mienne).
  3. Pour les plus timides; ça lance la conversation: on commence par parler de perruques et de là on passe aisément à Kant et Voltaire.(Le mot-clé de la transition étant évidemment toujours les perruques)
  4. Vu qu’au cours de la soirée on a échangé nos perruques, on a tous fait l’expérience de Sophie van der Stap, l’auteure de La fille aux neuf perruques, qui raconte que lors de sa chimio, elle changeait de personnage à chaque fois qu’elle changeait de perruque. (Outre d’être Marie-Antoinette, j’ai, pour ma part, été tour à tour Dave, un membre des Jackson five et une serpillère à franges.)
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Tout compte fait c’est peut-être plutôt un plumeau qu’une serpillère…

5) Ce genre de fête sensibilise aux problèmes quotidiens des porteurs de perruques. A la fin de la soirée j’ai entendu quelqu’un dire « p*** ça gratte, ces perruques ». Eh oui, mon chou, et toi encore t’as des cheveux. Imagine combien ça gratte sur un crâne chauve! (Tout compte fait une fête à perruque s’imposerait peut-être aussi au début d’une chimio…)

Finalement, ce qui me plaît le plus dans l’idée de Sarah, c’est qu’elle montre qu’avec un esprit créatif, une bonne dose d’humour et d’autodérision et beaucoup de bons amis on peut même tirer de bonnes choses de l’expérience de la chimio. Bon, pas beaucoup. Mais quelques unes. Par exemple une perruque pour la prochaine fête costumée.

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I first met Sarah in the metro. She was wearing a violin and a wig. I thought « Great, a musician who’s got cancer! Maybe I can interview her for my blog ». (Bloggers are heartless…) I was hoping that she had composed a concerto for viola and chemo machine or a symphony for violin players with tingling fingers. Unfortunately for me she hadn’t done such thing (but as she played many concerts with her string quartet Quatuor Voce it’s ok.) But, she gave me proof of her creativity some weeks later, when she invited me to her « end-of-chemo-party ». While most people who finish chemo are anxious to finally store their wig, Sarah decided to celebrate the end of her chemo with… a wig party.
I thought for her it might be a way to say goodbye to her wig and to everything it represented (cancer, chemo, nauseas, people watching you with pity etc.), but I was completely wrong; Sarah chose that theme « thinking of all (her) friends who were having the time of their lives trying on (her) wig while she was on chemo». So, to help her friends to get over the fact that from now on they would have to content themselves with ruffling her regrowth, she ordered them to come to her end-of-chemo-party wearing wigs.(There’s nothing better to boost your empathy towards your friends than having had cancer.)
I went to her party wearing a wonderful Marie-Antoinette wig, joined by my boyfriend who wore a hairpiece made of my braids I had cut before chemo. I won’t report on the party (what happens at Sarah’s place, stays at Sarah’s place), but can give you five reasons why I think « wigs » are a perfect theme for an end-of-chemo party:

  1. As everyone is wearing a wig, people who are having treatment against cancer won’t get noticed for being different.

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    So… who of all these crazy wig wearers has had chemo recently?;)
  2.  Wigs help connect with people you don’t know (I talked to a complete stranger just because he was wearing a Mozart wig perfectly matching with my Marie-Antoinette wig)
  3. For people who are shy wigs help to start a conversation. You start talking about your wig and from there you move easily to Kant and Voltaire. (The key word of the transition still being the wigs)
  4. As we exchanged our wigs during the party, we all did the experience of Sophie van der Stap, the author of The girl with the nine wigs, who explains that during chemo she changed her personality every time se changed her wig. (During the evening, I was Marie-Antoinette, a member of the Jackson Five and a feather duster)

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    another feather duster
  5. This kind of party builds awareness towards people with cancer: at the end of the evening I heard someone complain about the fact that wigs where itching. Well, sweetheart, you at least have hair. Imagine how much it is itching when you’re bald… (Maybe it would be a good idea to organize a wig party before chemo too…)

What I like most about Sarah’s idea is that it shows that with a little creativity, a good dose of humour and a lot of good friends you can even draw something positive from the chemo experience. Well, not much. But at least you’ll have a wig for the next costume party.

Iridescence – The power of creativity

Presque un an jour pour jour après ma dernière séance de chimiothérapie, je remercie de tout coeur toutes les personnes -amis, famille, et d’innombrables inconnus- qui m’ont soutenue dans cette période difficile à travers leur présence, leurs pensées et leurs prières. Voilà, cette vidéo est pour vous. c’est cadeau;)

One year after my last chemotherapy, I warmly thank the many people -friends, family and strangers- that supported me throughout that difficult period of my life, sending prayers, love and good energy. This video is for you!:)

« De ma solitude à ma simi-tude ». Singing always helps.

Presque un an jour pour après que ma mère a été emportée par le cancer, mon père me donne l’occasion de nourrir enfin la rubrique « résilience créative » en interprétant sa version de « Ma solitude » de Moustaki rebaptisée pour l’occasion « Ma simi-tude » en l’honneur de ma mère appelée Simi. Je t’aime papa!

Exactly one year after a brain tumor killed my mother, my father gives me an occasion to finally start the « résilence créative »-section of my blog by interpreting his version of a French song called « Ma solitude » (« my loneliness ») and changing the lyrics to « Ma Simi-tude » in honor of my mum who was called Simi. I love my dad!

Lettre ouverte à M.J., et à toutes celles qui refusent la chimio par amour pour leurs cheveux/ Open letter to M.J. and to all those, who love their hair so much that they refuse chemo.

Chère M.J.,

Cette lettre n’est pas une apologie de la chimiothérapie. Loin de là : pendant ma chimio, j’ai été malade pendant les trois premiers mois, j’ai perdu dix kilos (repris entretemps) et en plus le cathéter -mal posé- a failli me tuer. Si tu as décidé de refuser la chimio par conviction qu’il existe d’autres méthodes plus efficaces, tu peux arrêter la lecture ici. Si, en revanche, tu la refuses par peur -celle qu’on a toutes : celle de perdre nos cheveux-, cette lettre est pour toi.

Je ne fais pas partie de celles qui, depuis toujours, voulaient se raser le crâne par curiosité, sans jamais avoir osé le faire. Je n’avais pas envie de me tondre pour « découvrir la forme de ma tête » ; j’avais porté des tresses collées pendant assez longtemps pour savoir que mon crâne était rond, merci. Et, non, je n’avais pas non plus envie de ressembler à Skin, la chanteuse de Skunk Anansie, parce que – désolée- je la trouve plutôt moche. Alors, n’en déplaise à personne, je ne voyais pas trop en quelle mesure perdre mes cheveux allait être une «  expérience intéressante ».

J’avais eu une coupe carrée jusqu’à mon entrée à l’école primaire. À la maternelle, cette coupe avait déterminé mon image de moi-même (-négative-) et ma place au sein du groupe de filles (à la marge : impossible d’être une princesse quand on a des cheveux de garçon). Les souvenirs de cette époque étaient tellement vifs que vingt-cinq ans plus tard, l’idée de me retrouver la boule à zéro m’avait, dans un premier temps, fait décider de refuser tout traitement par chimiothérapie. Perdre mes cheveux était perdre cette féminité, que j’avais durement acquise à l’aide de tresses à rajouts et de beaucoup de patience (ça faisait 10 ans que je ne m’étais pas coupé les cheveux – ça ne se voit pas, je sais;).

Mais, vu que mes ganglions étaient atteints et que je n’avais ni l’envie, ni la force, ni –je l’avoue- la foi pour me pencher sur les traitements alternatifs, j’ai fini par céder. Mais pas n’importe comment. Pour conjurer ma peur de perdre ma féminité, j’ai décidé de profiter de mon buzzcut (fait de se raser les cheveux quand ils commencent à tomber) pour me grimer en homme. Mais attention, seulement la moitié de ma tête, pour que la transition se fasse en douceur. Et, accompagnée de mon copain, qui s’est prêté au jeu de « faire genre ». (merci Elena, pour tes talents de maquillage et de photographie:)

Il y a eu beaucoup de larmes, mais aussi des éclats de rire et des découvertes intéressantes. J’ai  réalisé que je me trouvais pas mal du tout en homme et que je ressemblais à mon plus jeune frère (Amiel, tu y verras un compliment caché). J’ai réussi à troubler mon copain, qui m’a avoué qu’il me trouvait sexy même en homme. Mais, je me suis surtout rendu compte que paraître  « masculin » ou « féminin » était en grande partie une question de gestuelle, acquise au cours de notre socialisation en tant que « femmes » ou « hommes ».  J’ai essayé de pasticher la gestuelle masculine, mais le résultat était plutôt… moyen.

Vu que je suis d’avis que la féminité et la masculinité sont des constructions artificielles, je suppose que j’aurai pu acquérir cette gestuelle avec un peu d’entrainement. Mais d’un autre côté cette découverte m’arrangeait, parce que ça signifiait que même sans cheveux et avec un seul sein, je pouvais rester « féminine » (whatever that means…). Donc, chère M.J., toi qui es danseuse, laisse-moi te dire que tu as tellement plus de moyens d’affirmer ta féminité que tes cheveux. Et si ce n’est pas ta féminité que tu as peur de perdre, mais ta beauté : a) ce ne sera pas le cas! (oui, oui j’ai regardé des photos de toi 😉 et b) tant que tu danseras, tu continueras à créer du beau, avec ou sans cheveux.

bises

élodie

PS: une chorégraphie autour de la perte de cheveux, ça pourrait être intéressant, non? (et ça aide)

PPS:Appelle-moi:)

Dear M.J

This letter is not a praise for chemotherapy. During my chemotherapy, I felt sick for the three first months, I lost nearly ten kilos ( that I gained again since then) and I was nearly killed by my catheter, that was wrongly put on my carotid instead of my vein. So if you decided to refuse chemo because you’re convinced that there are better methods, you can stop reading here. But if your refusal is motivated by the fear to lose your hair, this letter is for you.

I’m not one of those women, who have always secretly thought about shaving their hair, but never dared to do so. I didn’t want to shave my head to see « what shape it was ». I had worn braids for long enough to know my head was round, thank you. And no, I didn’t want to look like Skin, the singer of Skunk Anansie, because –sorry Skin- I think she’s ugly. So, sorry folks, I didn’t see by no means how losing my hair would be an “interesting experience”.

I had been wearing short hair until elementary school, and it determined my self-image (-a negative one-) and my place within the group of the girls in Kindergarten (-at the margin. you can’t actually be a princess when you have short hair-). Twenty-five years later the souvenirs of this time were so alive, that the idea of losing my hair made me initially decide to refuse chemotherapy. Losing my hair meant losing my beauty and my femininity, that I had acquired thanks to braids, extensions and a lot of patience (I hadn’t cut my hair for 10 years, when I started chemo – yes my hair grows really slowly:-S).

But as there were already metastases in my lymph nodes and as I had neither the force to look for alternative methods, nor enough faith in them, I finally gave in. But I decided, that if I had to lose my femininity, it would be the occasion to test how “masculinity” felt like… I shaved half of my hair and painted a beard on half of my face, and my boyfriend did the same! (except he didn’ shave half of his hair, but half of his beard and put on some make up) (thank you Elena for your makeup and photography skills by the way;)

There were a lot of tears, but also many laughing fits and some interesting discoveries. I discovered that I’m not bad at all as a man and that I look like my youngest brother (Amiel, in case you didn’t get it: this is a compliment). I managed to puzzle my boyfriend, who admitted he taught I was sexy even as a guy. And most important of all, I realized that looking or feeling feminine or masculine was mainly linked to the body language, we acquire during our socialization as “men” or “women”.

I tried to imitate a typical “masculine” body language, but the result wasn’t convincing. As I’m persuaded that masculinity and femininity are empty constructions, I guess I could have acquired this “masculine” body language. But, on the other hand, realizing I had a body language that was considered as “feminine” was quite comforting, as that meant that, even without hair and only one breast I could still look feminine (whatever that means). So, dear M.J., let me remind you that you (especially you, as a dancer) have so much more ways to feel and look feminine than your hair. And if it’s not the fear of losing your femininity that makes you refuse chemo, but the fear of losing your beauty : a) won’t happen (yes I saw pictures of you;) and b) as long as you dance, you’ll create beauty, with or without hair.

hugs

élodie

PS: how about a losing/cutting-hair choreography?